Saumons en migration dans l’Aulne, Pascal Laugier, EPAGA

Sauts impressionnants, combats épiques, migration mystérieuse, le saumon a de nombreux atouts pour faire rêver les pêcheurs et autres amoureux de la nature.

Mais notre inconscient l’imagine plutôt dans la gueule des ours du grand Nord Canadien que dans la rivière près de chez nous. Et pourtant, il n’y a pas si longtemps, l’Aulne était connu dans toute la France pour sa population de saumons et les pêcheurs venaient de loin pour tenter de le capturer.

Un grand voyageur

Après 1 à 3 ans en mer au large du Groenland et un périple pouvant dépasser 6 000 km, les saumons viennent se reproduire au début de l’hiver dans la rivière qui les a vus naître.

Granulométrie favorable à la fraie du saumon, Sylvestre Boichard EPAGA

Ils ont alors besoin d’eau bien oxygénée et de fonds propres de cailloux ou de graviers pour creuser leurs nids ou frayères. Les adultes, épuisés par la reproduction et leur longue migration pendant laquelle ils s’alimentent très peu, essayent ensuite de repartir en mer mais finissent presque tous par mourir.

Heureusement, après une incubation de quelques semaines, les œufs éclosent pour donner la nouvelle génération de jeunes saumons (tacons) qui vont passer 1 ou 2 ans en rivière avant d’entamer leur longue migration.

Jeune tacon d’environ 6 mois, Sylvestre Boichard, EPAGA

Après 1 à 3 ans en mer au large du Groenland et un périple pouvant dépasser les 6 000 km, les saumons viennent se reproduire au début de l’hiver dans la rivière qui les a vus naître.

 

La population mondiale du Saumon Atlantique est en régression depuis le XVIIIème siècle et les causes sont multiples et globales : détérioration de la qualité des rivières, multiplication des ouvrages hydrauliques, modifications climatiques, pêche en mer, etc.

En France, la Bretagne fait encore figure de sanctuaire. En effet, plusieurs cours d’eau du Finistère accueillent toujours de belles populations (l’Ellé, l’Odet, le Scorff, le Léguer, l’Elorn, etc.). Malheureusement, la population de l’Aulne a été longtemps dépendante des programmes de repeuplement de la Fédération de Pêche. La population sauvage ne semblait plus apte à se renouveler d’elle-même et était devenue très vulnérable.

Pourtant, historiquement, l’Aulne était la rivière à Saumon par excellence du Finistère. Cette ressource de luxe au Moyen Age avait fait la richesse de toute la région. L’historien Stéphane THOMAS, dans son ouvrage “la vie du canal de Nantes à Brest dans le Finistère (1826, 1914)” indique que plus de 4000 saumons étaient capturés chaque année au niveau de la pêcherie de Châteaulin, jusqu’à la révolution. Les armoiries de la ville témoigne encore aujourd’hui de l’importance de ce poisson. Malheureusement, les problèmes croissants de continuité écologique et de pollution des eaux liée à l’activité minière et aux autres pressions ont ensuite engendré un déclin important de l’espèce sur l’Aulne.

Néanmoins, les travaux de Patrick PROUZET, chercheur à l’Ifremer, montrent que la population de saumon de l’Aulne est restée à un niveau important jusque dans les années 1970. Certaines années presque 1000 poissons ont été capturés à la ligne. Le graphique ci-dessous, tirés de l’article “CARACTÉRISTIQUES DU STOCK DE SAUMON ATLANTIQUE (SALMO SALAR L.) CAPTURÉ À LA LIGNE SUR L’AULNE (RIVIÈRE DE BRETAGNE-NORD) DURANT LA PÉRIODE 1973-1981, 14 pages, 1984” illustre cette évolution des captures. Il est disponible en intégralité sur le site d’ARCHIMER.

Pour donner un ordre de comparaison, depuis 2013, il ne se prend qu’entre 40 et 70 saumons par ans sur l’Aulne (source OFB).

 

Pour ne pas laisser ce patrimoine disparaître, le Site Natura 2000 de la Vallée de l’Aulne a été mis en place. Dans ce cadre, des solutions sont recherchées pour sauvegarder l’espèce.

Une solution pour sauver l’espèce : faciliter l’accès aux zones de reproduction

 

Le barrage déversoir de Coatigrac’h et son échelle à poisson peu efficace de 1905

 

L’Aulne, canalisée dans sa partie aval pendant l’édification du canal de Nantes à Brest, est équipée de 28 barrages (soit un peu moins d’un barrage tous les deux kilomètres). Ces barrages, servant à la navigation, forment des chutes d’eau d’une hauteur moyenne de 1.92 m (variant de 1.62 m à 2.27 m) qui sont des murs quasiment infranchissables pour les poissons. Les échelles à poissons construites au XXeme siècle manquent malheureusement d’efficacité pour suffire à améliorer la situation.

Les principales surfaces de reproduction du saumon atlantique sur le bassin de l’Aulne, données Fédération de pêche 29, réalisation la Fab° Graphique

 

Et pourtant, la majorité des zones de reproduction du saumon se situent sur l’Aulne rivière et ses affluents (74 % des zones propices à la reproduction du bassin de l’Aulne, carte ci-dessus). La plupart des saumons adultes essaie donc de franchir les 28 barrages de l’Aulne canalisée.

 

Ce parcours du combattant n’est pas sans risque. Lors d’une étude menée en 1999  et 2000, 128 poissons ont été marqués avec un émetteur puis ont été suivis jusqu’à la période de reproduction.  alors qu’un autre quart (27 %) est mort d’épuisement (source: plaquette “Le saumon de l’Aulne, quel avenir ?”  éditée par la Fédération de pêche du Finistère).

 

Le manque à gagner pour l’espèce est donc important. Ainsi, le rétablissement de la continuité écologique sur l’Aulne, même s’il ne résoudra pas tous les problèmes, permettrait de donner un coup de pouce non négligeable à ce poisson emblématique. Depuis 2010, une opération innovante est donc testée sur l’Aulne canalisée : l’expérimentation d’ouverture des pertuis.

De premiers résultats encourageants

Tous les ans depuis 1997, la fédération de pêche du Finistère recense les juvéniles de saumon sur les zones de reproduction du bassin de l’Aulne.

Avant 2011, la moyenne était d’environ 8 tacons (petits saumons) par stations. Elle est ensuite passée à 16 depuis que les ouvertures de pertuis de l’Aulne canalisée sont organisées. Et en 2021, avec près de 37 tacons capturés en moyenne sur chacune des stations, les résultats sont exceptionnels !

Mesure d’un jeune saumon, pierre Rigaleau, FD pêche 29

Evolution du nombre de juvéniles saumons sur le bassin de l’Aulne et moyenne régionale, source Bretagne Grands Migrateurs, réalisation EPAGA

Il y a une dizaine d’année, la situation du saumon de l’Aulne inquiétait fortement les gestionnaires car le recrutement des nouvelles générations était le plus faible de l’ensemble des rivières de Bretagne. Le chiffre de l’année 2021, proche de ceux observés sur l’Ellé, l’Odet ou l’Elorn, prouve à quel point la situation s’est améliorée.

Il semble que les choix réalisés et les actions menées pour améliorer la migration des poissons commencent à porter leurs fruits, permettant ainsi de préserver durablement cette espèce emblématique de la biodiversité de notre bassin versant.

Pour aller plus loin :

 

Sur le Saumon Atlantique en général :

 

Sur le Saumon de l’Aulne :

-Le panneau réalisé par l’EPAGA :

Rolls-Saumon-BD

-La plaquette “Le saumon de l’Aulne, quel avenir ?” éditée par la Fédération de pêche du Finistère :