Le Grand Rhinolophe est l’une des plus grandes chauves-souris de Bretagne. Comme toutes les espèces de chauve-souris, il est protégé en France et reconnu d’intérêt communautaire en Europe. Menacé, il fait partie des espèces ciblées par les mesures de conservation du site Natura 2000 “Vallée de L’Aulne”, où l’on recense un tiers de la population régionale et où sa protection constitue un enjeu majeur.
Carte d’identité et cycle de vie du Grand Rhinolophe
Reconnaissable à son nez en forme de ferme à cheval, le Grand Rhinolophe est un mammifère de couleur brun-roux foncé, avec un ventre crème ou presque blanc et des oreilles larges et pointues.
D’une envergure de près de 40cm pour un poids entre 15 et 34g, il a des ailes brunes et constituées d’un patagium, sorte de membrane de peau souple traversée par un fin réseau de muscles qui relie les doigts au corps. Cette main ailée, dotée de nombreux capteurs qui la rendent très sensible aux mouvements de l’air, permet aux chauves-souris d’avoir un vol bien plus agile et précis que celui des oiseaux.
Le Grand rhinolophe se distingue par sa longévité : il peut vivre jusqu’à trente ans ! Malheureusement, son faible taux de reproduction rend l’espèce très fragile.

Le Grand Rhinolophe hiberne de septembre-octobre à avril en fonction des conditions climatiques locales et préfère les gîtes avec une obscurité totale. Il fréquente les clochers, blockhaus, grottes, tunnels, viaducs, anciennes carrières de pierre et mines de toutes dimensions plutôt humides (95 % d’hygrométrie) et où les températures sont comprises entre 5 et 12 °C. Mâles et femelles sont souvent accrochés en grappes au plafond.

De mi-juin à fin juillet – début août, les femelles donnent naissance à un unique petit, dont la femelle s’occupe seule et qui est sevré vers le 45ème jour.
La maturité sexuelle des femelles se situe entre 2 et 3 ans, celle des mâles, au plus tôt à la fin de la deuxième année. Les accouplements se font principalement en fin d’été et à l’automne. La fécondation est stoppée et différée, car les individus rejoignent ensuite leur site d’hivernage jusque à la mi-avril de l’année suivante. Lorsque les femelles sortent d’hibernation, la fécondation se déclenche et la gestation dure de 6 à 8 semaines. Les femelles se réunissent en colonie pour mettre bas dans de vastes espaces plutôt chauds et calmes. Les mâles sont quant à eux solitaires et utilisent un vaste panel d’habitats.
Une chauve-souris atypique
Incapable de se tenir debout, le Grand Rhinolophe ne sait pas non plus ramper pour se glisser dans des petits trous comme la plupart des autres espèces de chauves-souris. Il doit donc pouvoir entrer et sortir en volant et a besoin pour cela de gîtes disposant d’une ouverture spacieuse.
La technique de chasse du Grand rhinolophe est aussi des plus originales : Il s’accroche tête en bas à la branche d’un arbre, à l’affût. Il chasse en solitaire, et repère ses proies par écholocation : il émet des ultrasons par le nez (et non par la bouche), qui se répercutent sur ses proies et lui signalent ainsi leur position.
Un rôle précieux dans l’écosystème
Les chauves-souris comme le Grand Rhinolophe sont capables de consommer de 25% à 50% de leur masse corporelle par nuit et participent ainsi à la régulation des populations d’insectes, parmi lesquelles des vecteurs de maladies humaines et animales comme les moustiques (anophèles) et des ravageurs de cultures. Les travaux de plusieurs équipes de recherche de l’INRAE attestent également de leur rôle pour limiter les populations de chenilles processionnaires du pin.
Une espèce menacée
Depuis les années 1950, les populations de Grand Rhinolophes ont perdu 90% de leurs effectifs. Aujourd’hui, la Bretagne constitue l’un de ses derniers bastions en France. On estime qu’un tiers de la population bretonne de Grands Rhinolophes se trouve dans la Vallée de l’Aulne (soit environ 2000 individus), ce qui confère une grande responsabilité à notre territoire.
Espèce protégée en France (comme toutes les espèces de chauve-souris), le Grand Rhinolophe est exigeant vis-à-vis de son habitat et très sensible au dérangement. En effet, si les chauve-souris sont réveillées pendant l’hiver, cela leur coûte beaucoup d’énergie et elles risquent de ne pas survivre jusqu’aux beaux jours. C’est pourquoi il faut éviter de visiter les sites (sauf une fois dans l’année pour le comptage).
Outre le dérangement des gîtes de reproduction ou d’hibernation, plusieurs facteurs menacent directement le Grand Rhinolophe :
- L’usage de produits phytosanitaires ;
- L’usage, pour le bétail, de produits antiparasitaires qui tuent les insectes et notamment les bousiers. Or ces derniers constituent un aliment prisé par les jeunes ;
- La condamnation de l’accès aux gites : ouvertures emmurées, grillagées ou illuminées ;
- La lumière artificielle et les éclairages publics ;
- Le vandalisme ;
- L’utilisation de produits toxiques pour les charpentes ;
- La modification du paysage et donc de la mosaïque d’habitats (destruction de haies, de talus, urbanisation…)
Les actions de l’EPAGA en faveur du Grand Rhinolophe
L’un des objectifs du projet d’extension du site Natura 2000 Vallée de l’Aulne est notamment de mieux connaître et protéger les gîtes d’hivernage, gîtes de reproduction et zones de chasse du Grand Rhinolophe. Ce dernier a besoin d’une mosaïque d’habitats pour assurer ses besoins et sa survie dépend de milieux peu perturbés avec un maillage bocager dense, des prairies naturelles, des zones humides et des cours d’eau en bon état écologique.
En collaboration avec les acteurs du territoire (élus, architectes, agriculteurs, forestiers, associations, habitants…) l’EPAGA met en œuvre des actions pour suivre l’état de sa population, préserver les habitats du Grand Rhinolophe et sensibiliser le public :
- Les comptages des colonies de Grands Rhinolophes deux fois par an, fin janvier et pendant l’été en partenariat avec le Groupe Mammalogique Breton (GMB) ;
- L’accompagnement d’acteurs associatifs comme le Groupe Mammalogique Breton (GMB) dans le financement d’actions telles que la sécurisation de gîtes pour chauves-souris via des contrats Natura 2000 ;
- La restauration de l’habitat des chauves-souris par l’accompagnement des acteurs publics et des agriculteurs dans leurs démarches de création et de restauration de haies (via le Plan arbre ou le programme Breizh Bocage) ;
- La participation à des animations comme la Nuit internationale de la chauve-souris, par exemple à Landeleau en collaboration avec l’association Oaled.
Vous découvrez un nombre important de Grands Rhinolophes près de chez vous ? C’est le signe d’un environnement de qualité ! Afin de nous aider à recenser les populations de Grand Rhinolophes, contactez-nous pour nous signaler toute observation !
L’animation du site Natura 2000 “Vallée de l’Aulne” bénéficie du soutien financier de l’Europe et de la Région Bretagne.






